Nostradamus, ou l’histoire à  travers des prophéties.

Nostradamus
Difficile de parler de Nostradamus sans susciter aussitôt de multiples polémiques. Entre croyants et incrédules, les interprétations possibles des écrits de ce curieux personnage de la Renaissance sont aussi nombreuses que variées et même contradictoires. Michel de Nostredame, dit Nostradamus, est né en décembre 1503 à  Saint-Rémy-de-Provence. Apothicaire de profession, l’ancêtre de notre pharmacien, il aurait peut-être également été docteur en médecine, mais son nom n’apparaît pas dans les registres de l’université de Montpellier, ce qui malheureusement n’est une preuve ni dans un sens ni dans l’autre étant donné le manque d’informations fiables sur ce type de données de l’époque.

Ce qui est certain en revanche, c’est que Nostradamus est un érudit et un grand voyageur. on sait par exemple qu’il a lu les oeuvres des auteurs classiques latins ou grecs, et qu’il a fait de nombreux déplacements dans toute la France et en Italie, mettant au service des personnalités de l’époque ses talents dans le domaine des soins par les plantes. Il a également combattu l’épidémie de peste, avec plus ou moins de succès : sa première femme, dont le nom n’a pas été retenu par l’histoire, et leurs deux enfants, auraient succombé à  la maladie, lui-même y ayant cependant échappé alors même qu’il soignait des malades dans plusieurs villes de France.

Comme beaucoup de ses confrères de l’époque, il était versé dans l’astrologie et l’occultisme. Il a cependant poussé le phénomène plus loin que les autres, encouragé en cela par le mécénat un peu distant de Catherine de Médicis, elle-même très portée sur le domaine de l’astrologie et des prédictions.

Ce n’est pourtant qu’en atteignant la quarantaine qu’il s’est mis à  rédiger ce qui ne furent tout d’abord que des almanachs, sorte de calendriers très prisés à  l’époque et qui offraient un mélange de prédictions météorologique et de recettes de soins par les plantes. Quelques années plus tard, il se lance dans la rédaction d’un ouvrage plus ambitieux puisque c’est un véritable recueil de ses prophéties et prédictions qu’il publie sous le nom de Centuries, ensemble de cent quatrains supposés annoncer chacun des événements pour la plupart non datés et extrêmement obscurs. Les techniques employées pour formuler ces prédictions n’ont jamais pu être clairement établies et prouvées même si l’on sait avec certitude que Nostradamus était un véritable érudit dans le domaine des sciences occultes et de l’astrologie. La première éditions des Prophéties est datée de 1555 et sera, semble-t-il, augmentée et modifiée jusqu’à  sa mort en juillet 1566. Les Propheties ont donné lieu à  la publication de près de dix mille ouvrages. Parmi les exégètes les plus célèbres, on peut mentionner Anatole Le Pelletier, Vlaicu Ionesco, Jean-Charles de Fontbrune et son père, Serge Hutin et Erika Cheetham, qui croient à  la prescience de Nostradamus, et Eugene F. Parker, Edgar Leoni, Louis Schlosser et surtout Pierre Brind’Amour, qui n’y croient pas.

Une première cause de divergence entre interprètes est qu’en raison des méthodes de composition des imprimeurs du XVIe siècle, les éditions et même les exemplaires particuliers de ces éditions diffèrent tous ou presque, et ne garantissent aucune conformité parfaite avec le texte manuscrit original, perdu depuis lors. Pour ajouter à  la difficulté, des quatrains – comme par exemple 10,72, qui indique une date précise – font l’objet de désaccords entre les exégètes, notamment quant au sens des mots. La seconde cause de divergences entre les interprètes tient à  Nostradamus lui-même. Son style obscur et son vocabulaire, mélange de français moyen, de latin, de grec et de provençal, donnent aux exégètes une grande liberté d’interprétation. Nostradamus, peut-être pour ajouter du mystère à  ses quatrains, a employé toutes sortes de figures littéraires. Mais la raison principale de ce style nébuleux serait, d’après ce qu’il confia dans une lettre à  Henri II, le désir d’assurer la pérennité de l’oeuvre. Nostradamus assure cependant qu’un jour le monde verra que la plupart des quatrains se sont accomplis, ce qui laisse entendre qu’ils seront compris clairement par l’humanité. Ce qui reste frappant néanmoins chez ceux qui ont étudié les prédictions de Nostradamus, est que ces interprétations sont toutes faites a posteriori – parfois même très longtemps après les faits -, et que nombreux sont ceux qui croient qu’elles concernent leur propre époque

Parmi les quatrains les plus connus, voyons le 35e de la première centurie, peut-être le plus célèbre et le plus commenté de tous.

Le lyon ieune le vieux surmontera,

En champ bellique par singulier duelle,

Dans cage d’or les yeux luy creuera,

Deux classes vne, puis mourir, mort cruelle.

Pour les admirateurs de Nostradamus, ces vers évoquent sans le moindre doute possible la mort d’Henri II, survenue en 1559 lors d’un tournoi amical au cours duquel il reçut dans l’oeil un éclat de la lance du comte de Montgoméry. Ce n’est cependant pas avant 1656 que le rapprochement fut fait entre ledit quatrain et le décès tragique du monarque. Peut-être cela ne semblait-il pas aussi évident à  l’époque. Notons également que Nostradamus lui-même ne fait pas mention de cette possible interprétation lorsqu’il joint une « Lettre à  Henri II » rédigée en 1557 en introduction à  la deuxième partie des Centuries.

Bien des interprétations des écrits de Nostradamus ont été faites depuis et chaque génération produit son exégète qui verra dans ses vers l’annonce prophétique d’un événement survenu depuis lors. Cependant comme beaucoup de prédictions imprécises et obscures, l’époque et la culture déterminent bien souvent l’analyse que l’on fait de ses propos. Par ailleurs et concernant uniquement les prophéties de Nostradamus, de nombreux « faux » quatrains ont circulé, et ce dès le XVIIIe siècle, sans que l’on puisse réellement savoir desquels il serait l’auteur originel. Si l’on veut se montrer un peu « raisonnable », il convient de ne pas fonder ses choix de vie sur de supposées prédictions qui – si elles sont sérieuses – devraient être considérées comme des lignes directives, des conseils ou des opinions, plus que comme de véritables et inévitables prophéties.

Et vous, croyez-vous que ces prédictions anciennes aient pu annoncer des événements réels ?
Source image: Wikipédia