EMI: ont-ils vu la mort en face ?

NDE - Le bout du tunnelSujet controversé s’il en est, sur lequel les hypothèses sont pratiquement aussi nombreuses que ceux qui les formulent. Les expériences de mort imminente, ou EMI, peuvent cependant être décrites ainsi : il s’agit d’un ensemble de « sensations » (une expérience donc) vécues par certaines personnes au cours d’une phase de coma avancé ou lors d’un état de mort clinique, avant qu’elles soient réanimées. Ceux qui en témoignent décrivent généralement ce phénomène comme une possibilité que la conscience ne soit pas dépendante du corps mais puisse lui survivre après le décès.

L’invention du terme Expérience de Mort Imminente ou EMI (Near Death Experience) est généralement attribuée à  Victor Egger, psychologue français, dans son ouvrage Le moi des mourants (1895). Mais c’est le psychiatre américain Raymond Moody qui a généralisé l’utilisation de ce terme. Il est considéré comme un précurseur de l’étude des EMI, qu’il a été le premier à  réellement répertorier et décrire selon une approche plutôt spiritualiste de « vie après la vie » (titre de l’un de ses trois ouvrages sur le sujet).

Les récits des patients reprenant conscience après une expérience de ce type présentent un certain nombre de similitudes : décorporation, conviction d’être mort et cependant conscient mais dans un corps immatériel (corps astral), déplacement le long d’un tunnel, vision d’une lumière intense, rencontre avec des personnes décédées ou des « êtres de lumière », remémoration en accéléré de sa propre existence, prise de conscience morale, profond sentiment de bien-être ou au contraire de malaise, etc.

Un aspect important de ce type d’expériences est celui de la connaissance dite « paranormale ». Les psychiatres considèrent généralement l’expérience de mort imminente comme un événement spirituel, une impression, ou une sorte d’illusion. ôr, il est intéressant de noter que certains des personnes ayant fait une expérience de ce type, ont rapporté des connaissances objectives de leur « voyage », une conversation entre membres du personnel médical par exemple, ou des détails de ce qui se produisait dans la pièce où ils se trouvaient alors en état de mort clinique, de coma profond, ou encore sous anesthésie générale.

Il est également intéressant de remarquer que le scénario des EMI est bien souvent l’élaboration d’un récit cohérent avec les références culturelles et morales de la personne concernée. Ainsi les enfants qui font état de ce type d’expérience, et qui sont en général trop jeunes pour avoir développé une croyance particulière, racontent souvent des situations assez limitées et communes, par exemple des conversations avec des personnes de leur entourage.

Dans une nouvelle théorie datant de 2006, les connaissances actuelles du système nerveux autonome sont appliquées dans la recherche du phénomène EMI. Cette théorie explique que l’expérience d’une mort imminente est un paradoxe d’une extrême étrangeté pour un organisme vivant, ce qui déclenche en retour une EMI. Pendant celle-ci, l’individu devient capable de « voir » le cerveau en pleine analyse de toute la mémoire épisodique (y compris les expériences prénatales) afin de trouver une expérience similaire à  la situation imminente de mort. Tous ces morceaux d’informations analysés et récupérés sont en permanence évalués par le cerveau, comme s’il cherchait un mécanisme pour copier un moyen d’éviter cette situation potentiellement fatale.

Suivant cette théorie, les expériences extracorporelles qui accompagneraient les EMI seraient une tentative du cerveau pour recréer une représentation mentale de la situation et de la scène. Le cerveau puiserait alors dans les informations des capteurs sensoriels et des expériences emmagasinées (connaissance), produisant ainsi une sorte de « rêve » à  propos de soi et de l’environnement (l’entourage).

Que ces expériences de mort imminente soient ou non hallucinatoires, elles ont toujours un impact profond sur l’individu. Beaucoup de psychologues ont reconnu cet impact, sans préjuger de la nature objective de l’expérience décrite. Sans chercher nécessairement à  discréditer les interprétations radicales, voire religieuses, des EMI les scientifiques se sont prudemment bornés à  comprendre les mécanismes biologiques sous-jacents. La psychologue britannique Susan Blackmore s’est distinguée par un examen détaillé et non partisan des récits d’EMI, et par une critique exigeante des théories les plus populaires. Elle met en avant les défauts rédhibitoires de ces dernières et elle propose l’esquisse d’une interprétation qui fait des traits typiques de l’EMI des manifestations mentales d’un cerveau placé dans des conditions critiques (défaut d’oxygénation cérébrale, etc.).

Et vous, pensez-vous que de telles expériences soient des élaborations de notre cerveau ou y voyez-vous un phénomène supranaturel mais bien réel ?

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